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Discours du Président de la République à la cérémonie de remise des Prix du Concours Général 2019
SGG/M.SGG/SGA/SI
Discours
Article
jeu, 25 juil 2019

Discours du Président de la République à la cérémonie de remise des Prix du Concours Général 2019.

Thème : L’EXCELLENCE, MOTEUR DE L’EMERGENCE, QUELS ENJEUX POUR L’ECOLE ?

ALLOCUTION DE SON EXCELLENCE MONSIEUR LE PRESIDENT MACKY SALL

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,

Madame la Présidente du Conseil économique, social et environnemental,

Madame, Messieurs les Ministres d’État,

Mesdames, Messieurs les Ministres,

Mesdames, Messieurs les membres du corps diplomatique et représentants des partenaires techniques et financiers,

Honorables Députés, membres du Haut Conseil des Collectivités territoriales et du Conseil économique, social et environnemental,

Mesdames, Messieurs les Recteurs, Doyens, Inspecteurs d’Académie, membres du Corps enseignant et du personnel administratif,

Mesdames, Messieurs les représentants des partenaires sociaux,

Mesdames, Messieurs les membres de la famille de la Marraine,

Chers parents d’élèves,

Chers lauréats et lauréates,

Chers invités,

Nous voici à nouveau réunis pour la fête de l’excellence, qui honore nos lauréats et lauréates du Concours général des Classes de Première et de Terminale, dont la marraine, cette année, est l’éminente scientifique, Feue Madame Rose Fatima DIENG-KUNTZ.

Comme toujours, je viens présider cette cérémonie avec un enthousiasme renouvelé, parce qu’au-delà d’un simple rituel, elle nous donne à réfléchir ensemble sur notre système éducatif, afin d’en jauger les forces et les faiblesses, et baliser la voie pour son amélioration.

Au demeurant, dans la marche vers le progrès, l’école reste le chemin obligé ; surtout que, plus que jamais, ce sont les paradigmes du savoir et du savoir-faire qui gouvernent le monde et démarquent les Nations qui progressent de celles qui stagnent ou qui régressent.

D’où l’impératif de former des ressources humaines de qualité, aptes à maintenir notre pays dans le concert des Nations qui soutiennent la compétition et poursuivent résolument leur marche vers le progrès. C’est tout le sens de l’Axe II du Plan Sénégal Emergent, qui porte sur le capital humain, et dont l’éducation, la formation, la recherche et l’innovation figurent parmi les composantes majeures.

Voilà pourquoi je me réjouis du thème retenu cette année : L’excellence, moteur de l’émergence, quels enjeux pour l’Ecole ?

La question est pertinente par son actualité. Nous sommes, en effet, à l’an 1 de la Phase 2 du Plan Sénégal Emergent ; phase que nous avons lancée en décembre dernier, et qui porte sur la période 2019-2023.

Avec le recul et la sagesse du philosophe, Monsieur le Professeur Cheikh Ahmed Tidiane SOW, du lycée Seydina Limamou Laye, a brillamment traité du sujet dans son discours d’usage, mettant en exergue les liens entre la réussite scolaire, l’excellence et l’émergence dans la construction d’une nation résiliente, prospère et solidaire.

Monsieur le Professeur Cheikh Ahmed Tidiane SOW, je vous félicite chaleureusement pour la qualité de votre prestation ; d’autant plus qu’elle confirme, a posteriori, la pertinence de l’Axe II du PSE.

C’est le lieu de rappeler que les deux autres Axes du PSE portent sur la transformation structurelle de l’économie, d’une part, la paix, la sécurité et la bonne gouvernance d’autre part.

Comme les moteurs d’une fusée prête au décollage, le capital humain est l’une des forces motrices qui propulsent un pays vers l’objectif d’émergence.

Mais qu’est-ce que l’émergence ?

A priori, le concept évoque la sortie d’une situation d’immersion pour gagner le plein air, à l’image de quelqu’un qui s’efforce de sortir la tête de l’eau.

Appliquée aux domaines économique et social, l’émergence caractérise la situation d’un pays qui connait une croissance rapide dans la durée et dont les agrégats macroéconomiques tendent vers ceux des pays développés.

Dans cette phase transitoire, l’économie du pays connait des transformations structurelles qualitatives, une diversification de ses secteurs productifs et un recul significatif de la pauvreté, grâce à une élévation sensible du niveau de revenu de sa population.

Voilà ce que nous recherchons avec le PSE depuis le lancement de sa phase initiale en février 2014.

Le PSE, je le rappelle, vise à faire du Sénégal un pays émergent à l’horizon 2035, avec une croissance annuelle d’au moins 7% sur la durée. Pour ce faire, nous devons compter sur nos propres efforts et des partenariats mutuellement bénéfiques, et non sur l’aide au développement.

Je crois au travail et non à l’aide pour développer et assurer la prospérité d’un pays ! Et pour réussir ce pari, le PSE s’appuie sur des investissements conséquents dans des secteurs clefs qui portent la croissance et le développement ; à savoir l’agriculture, les infrastructures routières, autoroutières, portuaires, aéroportuaires, ferroviaires, des ponts et pistes de désenclavement, l’énergie, les mines, le tourisme, les TIC et l’habitat, entre autres.

Je dois préciser que sur le chemin de l’émergence, il n’y a pas, à mon sens, d’antinomie ni de priorité à établir entre les infrastructures et le social. C’est sur tous les fronts qu’il faut avancer, par une croissance soutenue et inclusive, c’est-à-dire dans l’équité territoriale et la justice sociale. C’est tout le Sénégal qu’il faut développer. Ce sont toutes ses couches sociales, en particulier les plus vulnérables, qu’il faut protéger. C’est ce que j’entends par le Sénégal de tous, le Sénégal pour tous. La vidéo que nous venons de voir en donne un bref aperçu.

Le PSE procède d’une vision, car sans vision il ne peut y avoir d’action publique planifiée, crédible et durable. Et cette vision s’adosse à une stratégie et des mécanismes de financement publics et privés mûrement élaborés.

Mais ce n’est pas tout. Chaque projet et initiative du PSE fait l’objet d’un suivi au quotidien. C’est la tâche assignée au Bureau Opérationnel de Suivi du PSE. Au demeurant, les collaborateurs savent qu’à partir de mon téléphone portable, je reste connecté au PSE et je fais moi-même le monitoring des projets en temps réel.

C’est dire que la quête de l’émergence par l’excellence doit générer une nouvelle philosophie de travail, de gouvernance, de méthode et d’action qui ne peut souffrir ni de lenteur ni de formalités indues. Ce qui doit être fait aujourd’hui, ne peut aucunement être renvoyé à demain ! Bref, parce qu’il s’agit d’un exercice de rattrapage et d’accélération, l’émergence est d’abord un état d’esprit qui requiert de rester dans le temps de l’action, du travail et du fast track.

Cette exigence n’incombe pas seulement aux pouvoirs publics, mais à tout le corps social, par le travail et la discipline individuelle et collective.

Sur la voie de l’émergence, notre système éducatif doit jouer un rôle d’avant-garde, en tant que vivier où germent les graines du futur. Les enfants doivent aller en masse à l’école et y rester, pour apprendre « toutes les façons de lier le bois au bois que nous ne savons pas », selon la parabole philosophique du Chef des Diallobé dans l’Aventure ambiguë ; n’est-ce pas, professeur Sow ?

Alors, c’est à l’école que l’excellence, comme moteur de l’émergence, doit façonner ses pièces maîtresses.

Mais l’école de l’émergence ne peut rester figée dans le conformisme, car l’émergence est par définition une dynamique de changement et d’adaptation. Voilà un autre enjeu qui interpelle notre système éducatif.

L’expérience prouve à suffisance qu’un pays se développe autant par ses cadres supérieurs, ingénieurs, juristes, médecins, enseignants, que par ses corps intermédiaires, ses techniciens et ses ouvriers qualifiés. Tous constituent des maillons indispensables d’une même chaîne de valeurs.

L’école doit favoriser l’éclosion de tous les talents et de toutes les compétences, en accordant autant d’importance à l’enseignement classique qu’à la formation professionnelle.

Ainsi, mon objectif est que 30% au moins des élèves issus du cycle fondamental soient orientés vers la formation professionnelle et technique qualifiante aux métiers. C’est l’objet du Projet Formation-Ecole-Entreprise dont la phase pilote a été lancée en mars 2018, à hauteur de 5 milliards, pour une cible initiale de 25 000 jeunes.

Le programme de construction de nouveaux lycées et Centres de formation professionnelle va dans le même sens.

En même temps, nous poursuivons l’édification de l’école de l’égalité des chances, de l’inclusion et de l’excellence, à travers le Programme d’Amélioration de la Qualité, de l’Equité et de la Transparence, le « PAQUET », complété par les programmes d’éradication des abris provisoires, de modernisation des daaras, de soutien à l’éducation des filles et de promotion de l’enseignement du numérique, des sciences, techniques et mathématiques.

L’école de la République a pour vocation d’être une école de la réussite pour tous nos enfants. Le talent et l’excellence ignorent les origines sociales. Ils peuvent se révéler en chaque enfant. Au fil des années, les résultats du Concours général le montrent bien. Mon souci permanent, c’est que chaque enfant, quelles que soient ses origines et ses conditions sociales, accède et réussisse à l’école par son propre mérite.

D’importants investissements ont été consentis au titre du PAQUET pour hisser progressivement notre système éducatif à la hauteur de nos ambitions d’émergence.

Dans le même esprit de formation de ressources humaines de qualité, capables de relever les défis nouveaux, nous avons créé un Institut national du Pétrole et du Gaz, dont le lancement de la première promotion, composée de 22 étudiants, à l’issue d’un test ouvert à plus de 2000 candidats, a eu lieu en octobre dernier.

Il est remarquable de constater que sur ces 22 étudiants, tous titulaires d’un diplôme d’ingénieur ou de Master II en science, 18 ont effectué leurs études au Sénégal, alors que quatre nous viennent de la diaspora. Cet exemple, parmi d’autres, montre ce que notre système éducatif peut produire en ressources humaines de qualité.

Mais les taux de réussite au BFEM, au Baccalauréat et dans nos universités, de même que les Prix non décernés au Concours général, nous rappellent l’ampleur des défis à relever pour rendre notre système éducatif plus performant et plus novateur, par une mise à jour constante des méthodes et contenus des enseignements.

Je pense en particulier au français, dont le niveau continue de baisser, à l’anglais, que la majorité des apprenants ne parviennent pas à parler couramment après sept ans d’études, aux sciences, aux mathématiques et à l’histoire, dont les programmes devraient être revus quand les 25 volumes de l’Histoire générale du Sénégal, des origines à nos jours seront disponibles.

J’invite à une réflexion sur ces problématiques majeures de notre système éducatif.

Mesdames, Messieurs,

La marraine du Concours général de cette année, feue madame Rose Fatima DIENG-KUNTZ, est une femme d’exception qui s’est toujours distinguée dans l’excellence.

Née en 1956 et arrachée à notre affection en 2008, elle fut pensionnaire de l’Institution Notre Dame et du lycée Van VOLLENHOVEN, actuel Lamine GUEYE. Elle s’illustra de belle manière au Concours général de 1972 en obtenant les premiers prix de mathématiques, Français et latin, ainsi que le deuxième prix de grec.

Après avoir brillamment réussi l’année suivante à l’examen du baccalauréat scientifique, série C, S1 aujourd’hui, avec la mention Très Bien, elle mènera des études couronnées de succès en France, à la prestigieuse Ecole Polytechnique de Paris, à l’Ecole nationale supérieure des Télécommunications et à l’Université de Paris Sud-Orsay où elle obtiendra son doctorat en Informatique.

Sa carrière professionnelle, tout aussi brillante, lui valut de nombreuses distinctions, dont le Prix Irène Juliot-Curie de la « Scientifique de l’année » en 2006. Rose Fatima DIENG-KUNTZ était assurément une femme de science de dimension mondiale.

Chers lauréats et lauréates, en rendant un vibrant hommage à la mémoire de votre illustre marraine, je tiens à vous féliciter chaleureusement. Vous avez bien travaillé. Vous méritez d’être honorés devant vos parents et devant la Nation.

L’exemple de votre marraine vous est offert pour que son parcours lumineux vous éclaire, vous inspire et vous incite à toujours persévérer dans le culte de l’effort et de l’excellence, pour rester parmi les meilleurs.

Vous avez de quoi être fiers. En même temps, je vous recommande de toujours garder l’humilité nécessaire à l’apprentissage pour relever d’autres défis devant vous ; car l’école de la réussite et de l’excellence, n’est pas seulement l’école du savoir et du savoir-faire. C’est aussi et surtout l’école du savoir-être que confèrent la discipline et le respect ; respect à l’égard des parents, respect à l’égard des enseignants, respect à l’égard de l’encadrement. Ainsi, se développe l’éducation au civisme et à la citoyenneté qui entretiennent le commun vouloir de vie commune au sein de la Nation.

Je voudrais maintenant saluer et remercier les parents. Les parents sont les héros de tous les jours, parce que ce sont eux qui résolvent les équations les plus difficiles : la nourriture, le logement, le transport, la santé et l’éducation. Les parents sont les meilleurs lauréats du Concours général. Ils méritent tous les Premiers prix. Où sont-ils, les parents ? Je voudrais qu’on les applaudisse très fort !

Je félicite les Ministres chargés de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, les enseignants et l’ensemble des acteurs du système éducatif, en particulier les encadreurs des candidats, les membres des jurys et du Comité d’organisation du Concours général.

Je remercie tous nos partenaires pour le soutien constant qu’ils continuent d’apporter à cette fête de l’excellence.

L’éducation est une merveille qui n’a pas de prix. Chaque dépense dans l’éducation est un investissement pour un Sénégal plus instruit, un Sénégal de progrès, un Sénégal de prospérité.

Ensemble, continuons d’investir dans l’éducation pour un Sénégal meilleur ! Je vous remercie.