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Discours du Chef de l’Etat à l’ouverture du Forum sur la Paix et la Sécurité en Afrique
SGG/SI
Discours
Article
lun, 05 nov 2018

Excellence, Monsieur le Président de la République sœur de Gambie, mon cher frère Adama Barrow,

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,

Monsieur le Premier Ministre,

Monsieur le Président du Haut Conseil des collectivités territoriales,

Madame la Présidente du Conseil économique, social et environnemental,

Mesdames, Messieurs les Ministres et Chefs de délégations,

Monsieur le Président Pierre Buyoya, Haut Représentant du Président de la Commission de l’Union Africaine pour le Mali et le Sahel,

Madame Bintou Keïta, Sous-Secrétaire générale des Nations Unies aux Opérations de Maintien de la Paix,

Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs et Représentants des Institutions internationales,

 

Mesdames, Messieurs,

 

Je souhaite la bienvenue à tous et à toutes, pour cette 5e édition du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique.

Je remercie en particulier mon frère, le Président Adama Barrow, pour l’amitié qu’il nous fait, en honorant ce Forum de sa présence.

Suivant les conclusions du Sommet de l’Elysée de décembre 2013, nous nous retrouvons pour réfléchir ensemble sur les questions de paix et de sécurité en Afrique, en relation avec le développement.

Je remercie tous les pays et Institutions partenaires, pour le soutien qu’ils continuent d’apporter au Forum de Dakar, notamment le Japon, la France, le Qatar, les Emirats Arabes Unis, la Chine, la Fondation Konrad Adenauer, l’UEMOA, l’Inde et la Suisse.

C’est la preuve que la paix et la sécurité en Afrique restent au cœur de nos préoccupations communes.

Les menaces, directes ou indirectes, transcendent les frontières. Nous sommes tous exposés. Plus personne n’est individuellement à l’abri ; et chaque pays est une cible potentielle.

Face aux menaces, la coopération entre Etats ne se pose plus comme un devoir de solidarité, mais bien comme un impératif d’intérêt commun, dont la prise en charge conditionne tout ce qui reste, y compris les tâches de développement économique et social.
 

La paix, la sécurité et la stabilité sont les préalables du développement. Et en retour, le développement fortifie les bases de la paix, de la sécurité et de la stabilité. C’est ce lien que nous voulons mettre en évidence par le thème de cette 5e édition : Paix et sécurité en Afrique : enjeux de stabilité et de développement durables.

En dépit des progrès réalisés dans la pacification et la stabilisation du continent, nos défis restent importants ; qu’il s’agisse du terrorisme ou d’autres formes de criminalité transfrontalière, notamment le trafic d’armes et d’êtres humains, par les réseaux de la migration clandestine.

Ces facteurs, ajoutés aux périls du changement climatique, de la sécheresse et de la désertification, rendent encore plus vulnérables les stratégies de développement économique et social.

Face aux défis sécuritaires, notre premier devoir est de faire en sorte que nos Etats restent forts et résilients, à la fois dans leurs capacités de dissuasion, de prévention et de réaction.

Nos Etats doivent rester forts et résilients, parce que quand l’Etat est affaibli, il perd sa fonction protectrice, la confiance de ses populations et celle de ses partenaires.

De plus, tout ce qui fragilise l’Etat et ses institutions accroit les risques de rupture de la paix, freine le processus de développement et met en péril la justice et les droits humains fondamentaux ; car, en définitive, les forces du mal, qui attentent à la vie, prospèrent là ou l’Etat est défaillant.

Or, ne l’oublions pas, le premier droit fondamental de l’homme, c’est le droit à la vie. Il faut d’abord vivre pour aspirer à la liberté, à la démocratie et au développement. Et dans une société organisée, dont les membres sont liés par le contrat social, seul l’Etat peut être garant de l’ordre et de la protection des personnes et des biens, qu’ils soient nationaux ou étrangers.

C’est pourquoi, en Afrique, comme ça se fait ailleurs, l’Etat doit se donner les moyens d’assumer pleinement ses prérogatives régaliennes, au premier rang desquelles la paix, la sécurité et la stabilité.

Face aux menaces, nos Etats sont tenus de s’équiper et de se doter de forces de défense et de sécurité suffisamment formées et entrainées.

L’exercice de ces prérogatives peut être renforcé par la coopération et le partenariat. C’est l’essence même du forum de Dakar. Mais cet exercice ne se délègue pas.

Face aux menaces, nous devons aussi poursuivre le combat pour l’éveil des consciences par l’éducation et la formation.

Là aussi, l’Etat est interpellé, puisqu’il faut mobiliser les financements nécessaires à cette mission de service public. C’était l’objet de la 3e Conférence internationale de reconstitution des fonds du Partenariat Mondial pour l’Education tenue à Dakar le 2 février dernier, co parrainée par le Sénégal et la France.

Des engagements à hauteur de 2,3 milliards de dollars pour un objectif de 3,1 milliards sur trois ans ont été enregistrés. Il est important que cet élan en faveur de l’école soit maintenu, parce que l’éducation et la formation rendent la jeunesse plus difficile à manipuler et moins vulnérable aux idéologies extrémistes.

Mais ce combat engage aussi la famille. Par l’éducation à la culture de la paix, au respect de la diversité, la famille doit contribuer à ériger les premiers remparts contre la manipulation des consciences.

Ensuite, il y a la problématique de la surveillance de l’internet et de la répression de certains de ses usages. Elle mérite d’être posée sans détour, parce que la cybercriminalité est en passe de devenir une arme de destruction massive des sociétés et des valeurs qu’elles portent. Des garde-fous s’imposent.

Je me réjouis, à cet égard, de l’inauguration, demain, à Dakar, de l’Ecole nationale de cybersécurité à vocation régionale, fruit d’un partenariat franco sénégalais.

Cette structure contribuera à la formation d’experts sénégalais et d’autres pays africains à la prévention et à la répression de la cybercriminalité.

Mais à l’évidence, tous nos efforts seront vains sans un développement durable, inclusif et équitable.

La paix, la sécurité et la stabilité fleurissent dans le jardin de la justice sociale et de l’équité territoriale.

Une croissance sans justice sociale fait le lit de toutes les frustrations. Et les zones défavorisées, urbaines ou rurales, deviennent des « déserts économiques », où ne poussent que la colère et les tentations les plus désespérées, y compris l’émigration clandestine.

Dès lors, il y a urgence à développer des programmes spécifiques en faveur des jeunes et des zones déshéritées, pour valoriser leur potentiel productif, développer le sentiment d’intégration sociale et minorer les flux migratoires illégaux.

Sous diverses formes, les pays africains sont engagés dans cette dynamique.

Nous le faisons au Sénégal à travers le Programme d’Urgence de Développement Communautaire et le Programme d’Urgence de Modernisation des Axes et territoires frontaliers, en apportant aux zones cibles des infrastructures et services de base : pistes de désenclavement, équipements pour les femmes, eau et électricité.

Nous soutenons en même temps la création de fermes familiales, de Domaines agricoles communautaires et de projets dédiés aux jeunes et aux femmes, avec la Délégation générale à l’Entreprenariat Rapide.

J’invite l’Alliance pour le Sahel à appuyer ces initiatives locales des pays africains, suivant des procédures et mécanismes simplifiés, répondant à l’urgence des situations.

 

Mesdames, Messieurs,

On parle souvent -trop souvent même- de l’Afrique qui ne marche pas : l’Afrique des conflits, de la faim, des maladies et de la migration clandestine.

Nous sommes conscients de ces défis, même avec leur part d’exagération. Mais pour soutenir la paix, la sécurité et le développement, parlons aussi plus souvent de l’Afrique qui marche.
De Mombassa à Dakar, du Caire au Cap, il y a une Afrique debout, qui marche, et dont les taux de croissance sont régulièrement supérieurs à la moyenne mondiale.

Parlons de cette Afrique où les Gouvernements sont à la tâche ; où une jeunesse vibrante et créative innove, entreprend et réussit ; où des millions de travailleurs, hommes et femmes, se lèvent tôt et se couchent tard pour nourrir, éduquer et soigner leurs familles à la sueur de leur front ; où des hommes et des femmes d’affaires prospères investissent, créent des emplois et de la richesse.

Parlons de cette Afrique qui réclame des contrats justes et équitables entre l’investisseur et le pays d’accueil ; qui demande le payement de l’impôt là où la richesse est créée ; qui lutte pour la bonne gouvernance, contre l’évasion fiscale et autres flux financiers illégaux, afin de mobiliser ses propres ressources pour le financement de son développement.

Parlons de cette Afrique qui aspire à passer du paradigme de l’aide à celui de partenariats mutuellement bénéfiques.

Comme nous l’avons fait l’année dernière à Abidjan, avec la première Conférence internationale sur l’émergence économique en Afrique, nous parlerons de cette Afrique qui marche avec la 2e édition de cette Conférence, du 17 au 19 janvier 2019 à Dakar.

Et plus tard, c’est la même Afrique qui recevra, ici au Sénégal, le 9e Forum mondial de l’eau en 2021, et la toute première manifestation olympique sur le continent, avec les Jeux Olympiques de la jeunesse de 2022.

Faisons le pari sur l’Afrique qui émerge, qui ne veut pas être considérée comme un continent du futur, selon une expression à la mode, mais comme partie prenante des dynamiques du présent qui modèlent le futur, parce que les besoins d’investissement en Afrique représentent autant d’opportunités de croissance pour l’économie mondiale.

Je voudrais, pour conclure, exprimer notre solidarité à tous les pays victimes du terrorisme, en Afrique et ailleurs.

Partout, nous faisons face aux mêmes menaces. Partout, nous ne devons pas céder.

Partout, nous ne devons pas laisser notre vie rythmée par les menaces et la peur.

Poursuivons nos efforts concertés face à nos défis communs.

 

Je déclare ouverte la 5e édition du Forum international de Dakar sur la Paix et la Sécurité en Afrique.

Je vous remercie.